A 74 ans, elle compte faire Paris-Normandie en fauteuil roulant, pour sensibiliser au handicap

Anne Morelli-Jagu tenait aussi à rendre hommage au personnel soignant qui l’accompagne depuis des années.

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La retraitée, qui souffre d’une maladie osseuse et d’une insuffisance rénale, partira lundi des Hauts-de-Seine pour rejoindre le Calvados. Elle espère à travers son périple interpeller les pouvoirs publics sur l’accessibilité des personnes en situation de handicap.

Le Parisien : Sa dégénérescence osseuse et les dialyses qu’elle doit encaisser tous les deux jours à l’hôpital Foch ne lui ont pas coupé les ailes. Au contraire. À 74 ans, Anne Morelli-Jagu, retraitée de Suresnes (Hauts-de-Seine), s’apprête à relever, à compter du lundi 6 septembre, un défi un peu fou : rallier en fauteuil électrique, la ville de Lisieux (Calvados) et les plages normandes du débarquement. Un périple de 110 km à travers lequel elle entend rendre hommage aux personnels soignants et sensibiliser les pouvoirs publics à l’accessibilité des personnes en situation de handicap.

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Ce périple, déjà hors-norme, Anne l’a d’abord rêvé en format XXL, s’imaginant rouler sur la route de l’Espagne. « Au départ, je voulais rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle, glisse-t-elle. Mais j’ai vite compris qu’en termes de sécurité et de logistique, ce n’était pas réalisable. » Seulement voilà, renoncer ne figure vraiment pas dans le vocabulaire de cette retraitée de la fonction publique longtemps engagée dans l’insertion sociale. Alors, ce petit bout de femme au tempérament bien trempé a cogité, gambergé, mûri son projet. Jusqu’au déclic, une nuit d’insomnie.

Sa destination inspirée par… un film de Claude Lelouch

« D’un coup, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai repensé à la Belle histoire, un film de Claude Lelouch où, après un accident de voiture, une jeune femme part en pèlerinage à Lisieux en fauteuil roulant, rejoue-t-elle avec malice. Je me suis alors dit que je tenais ma destination. »

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Restait à établir un itinéraire et concrétiser le projet. Un exercice auquel Anne s’est d’abord essayée seule, avant de finalement recevoir un coup de main salutaire de la ville de Suresnes et du Lions Club local. « On a dû tout reprendre à zéro, sourit Martine Béjot, membre du Lions Club, qui a finalement pris en charge l’organisation complète du défi. Elle s’imaginait au début pouvoir emprunter des routes départementales ou longer des routes nationales. On a élaboré un tout autre trajet avec des chemins verts et des pistes cyclables. »

L’association ne s’est pas contentée d’élaborer un road-book précis et de récolter les 10 000 euros nécessaires à la réalisation du projet. Grâce à son puissant réseau, elle a aussi déniché, sur le parcours, les structures médicales où la retraitée pourra être dialysée tous les deux jours. Elle a enfin sollicité la Croix-Rouge, qui accompagnera l’odyssée de huit étapes, mettant à disposition un véhicule de premier secours avec, à son bord, une équipe d’intervention de quatre personnes.

« Il y a encore beaucoup à faire en matière d’accessibilité »

Délestée des soucis logistiques, Anne Morelli-Jagu a donc pu, de son côté, consacrer ces dernières semaines à sa propre préparation. « Comme un sportif, une kiné vient me masser une fois par semaine, se marre-t-elle. J’ai aussi travaillé avec une diététicienne, qui m’a concocté un petit régime spécial à base de protéines. Et bien sûr, mon médecin traitant, à l’hôpital Foch, m’a donné son feu vert. Il était même emballé par l’idée. » Un médecin à qui Anne entend dédier son périple, comme à l’ensemble du personnel soignant. « Ils sont indispensables, insiste-t-elle. Et pour moi qui ne quitte parfois l’hôpital que pour dormir, ces gens sont comme une seconde famille. »

Mais en rejoignant Lisieux en fauteuil, Anne Morelli-Jagu espère surtout faire bouger les lignes en matière d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. « Il y a encore beaucoup à faire, estime-t-elle. Il suffit de prendre l’exemple du métro parisien. Je n’y suis pas descendu depuis plus de dix ans. Et si je m’y risquais, je ne serais pas sûre de pouvoir en ressortir. »

Ces insuffisances, la retraitée polyhandicapée espèrent les mettre en lumière en ralliant la Normandie. L’aventure commencera la veille du départ officiel, dimanche 5 septembre, avec une cérémonie au cimetière américain de Suresnes et un atelier sur le handicap sur la terrasse du Fécheray. L’arrivée, elle, est prévue le 15 septembre.

Source: Le Parisien

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