Coronavirus : La transfusion de plasma thérapeutique, une piste prometteuse pour les patients atteints du Covid-19

Parmi les pistes étudiées pour traiter le Covid-19, le plasma thérapeutique est de celles qui s’annoncent prometteuses. C’est ce que semblent indiquer les résultats d’une étude chinoise qui viennent d’être publiés.

publicités

Dans la myriade d’essais cliniques qui se sont lancés ces dernières semaines, il en est un qui dénote par son originalité. Il ne s’agit pas ici de proposer aux patients atteints du nouveau coronavirus un médicament, ou  de tester les réponses immunitaires du corps, mais de s’appuyer sur les anticorps d’un malade pour aider un autre patient à mieux lutter contre cette pathologie.

Interviewé mardi 7 avril par Elizabeth Martichoux sur LCI, Pascal Morel, directeur de l’établissement français du sang, s’est livré à des explications sur le traitement par transfert de plasma, dit « plasma thérapeutique », pour lutter contre le Covid-19. Son principe : « faire bénéficier à un malade des facteurs de guérison qui ont permis à un autre malade de guérir ». Il s’agit, poursuit-il, d' »utiliser le pouvoir de guérison d’un malade qui s’est sorti de la situation difficile que représente cette infection et qui va transférer à un malade cette capacité à lutter contre le virus, le temps que son propre organisme prenne le relais et lui permette de guérir ».

publicités

Quel est le principe?

La technique tire parti de la présence d’anticorps neutralisants dans le plasma sanguin de patients infectés convalescents. Le plasma est la partie liquide du sang qui permet aux globules rouges et blancs et aux plaquettes de circuler dans le système vasculaire. Collecté par plasmaphérèse (ndlr : technique consistant à séparer et à extraire le plasma contenu dans un prélèvement sanguin, à l’aide d’un appareil spécifique), le plasma est purifié et ensuite transfusé chez le malade. Le principe consiste donc à injecter aux malades en phase aiguë le plasma de patients ayant surmonté la maladie, qui contient des anticorps potentiellement bénéfiques. Une personne ayant contracté le coronavirus Covid-19 et guérie depuis au moins deux semaines présente une quantité suffisante d’anticorps pour les utiliser chez d’autres patients. Ces anticorps, qui se trouvent dans le plasma sanguin, peuvent donc être récupérés lors d’un don, semblable au don de sang classique.

publicités

Une stratégie qui semble fonctionner

Les résultats de cette étude pilote montrent que cette stratégie semble être bonne. Après trois jours de transfusion, les symptômes cliniques, comme la fièvre, la toux où les difficultés respiratoires s’étaient grandement améliorés. Encore mieux, après sept jours, les lésions pulmonaires provoquées par le virus avaient commencé à se résorber.

Comment l’essai clinique va-t-il se dérouler ?

Mardi 7 avril, le seul essai clinique français sur ce sujet, baptisé COVIPLASM, a été lancé, piloté par l’Inserm, l’Etablissement français du sang (EFS) et l’ Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Concrètement, 200 patients guéris (c’est-à-dire sans symptômes depuis quatorze jours), dans trois régions (Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne Franche-Comté), vont être contactés par l’EFS pour les inviter à donner leur plasma. Objectif : récolter 600 unités de 200 ml de plasma.

Quand démarrent les essais ?

Dès mardi prochain, 30 patients, malades depuis cinq ou six jours, recevront ce plasma riche en anticorps lors de deux transferts, à 24 ou 48 heures d’écart, dans plusieurs hôpitaux de l’AP-HP. « Cet essai français se focalise sur des patients en début de maladie avec un profil qui nous fait craindre une forme sévère, c’est-à-dire des sujets âgés ou avec d’autres pathologies », détaille Cathy Bliem, directrice générale adjointe de l’EFS.

D’autres essais cliniques, menés chez nos voisins européens, s’intéressent à ce plasma thérapeutique. « Un essai en Allemagne teste le plasma convalescent pour les patients très sévères en réanimation. On pourra donc comparer nos résultats, reprend-elle. Pour voir quel schéma thérapeutique est le plus adapté et pour quel patient. Notamment savoir quelle dose de plasma transférer et à quel moment de la maladie. »

Quels sont les risques et les inconvénients?

Comme pour toute transfusion de sang et produits dérivés, il y a les risques de présence d’agents infectieux, d’anticorps irréguliers, de réactions allergiques etc. Mais avec les techniques actuelles, ces risques sont minimes.

On pourrait aussi, selon certains, craindre que l’administration d’anticorps à des personnes exposées au SARS-CoV-2 n’atténue la réponse immunitaire laissant ces personnes vulnérables à une réinfection.

« Les anticorps ne suffisent pas, a déclaré à nos confrères du Morgen Bart Lambrecht (UZ Gent). On doit savoir si le plasma du donneur contient suffisamment d’anticorps protecteurs. Les anticorps ordinaires peuvent avoir un effet contre-productif. Par exemple, il existe des anticorps qui reconnaissent le virus mais ne le neutralisent pas« . Prudence, donc.

D’où vient cette approche?

La thérapie passive par transfert d’anticorps neutralisants n’est pas nouvelle. Elle s’est en effet déjà avérée efficace pour endiguer des épidémies de rougeole, poliomyélite, oreillon et grippe et plus récemment en 2009-2010 la pandémie H1N1, en 2013, Ebola et les épidémies de SRAS (2003) et de MERS (2012).

Des essais sont aussi menés notamment aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et se poursuivent en Chine.

En Belgique, cette méthode sera également testée dans plusieurs hôpitaux, dans un premier temps chez des patients en phase critique aux soins intensifs, et dans un deuxième temps, chez le personnel médical. En cas de résultats positifs, le plasma pourrait en effet être utilisé à titre préventif pour renforcer le système immunitaire du personnel soignant, entre autres. Et cela de manière temporaire, dans le cadre de cette vague épidémique.

Quoi qu’il en soit, les premières collectes de sang devraient commencer dès la semaine prochaine via la Croix-Rouge. A l’heure actuelle, il n’est pas envisagé de faire appel aux donneurs, lesquels seront sélectionnés dans les hôpitaux, selon des critères stricts.

Sources: Ici20 Minuteslalibre

Franbuzz sur Facebook

Répondre