En Russie, le champagne français (le vrai, donc), doit désormais s’appeler «vin pétillant»

Une loi signée vendredi par Vladimir Poutine prévoit de réserver l’appellation « champagne » aux vins effervescents russes. Le géant du luxe français LVMH a annoncé suspendre ses livraisons vers la Russie.

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La fronde des producteurs de champagne se poursuit, en réaction à une loi votée par la Russie, qui oblige l’inscription « vin pétillant » à la place de « champagne » sur les étiquettes de cette boisson de luxe. Une levée de bouclier davantage culturelle qu’économique, dans la mesure où le pays de Vladimir Poutine représente seulement le 15e du marché mondial pour les exportations françaises.

Voilà qui risque de bouleverser la notion de « chic à la française ». Vendredi, le président russe Vladimir Poutine a signé une nouvelle loi, qui prévoit notamment que désormais seuls les vins effervescents provenant de Russie pourront s’appeler « champagne ». Le véritable champagne français, lui, héritera de l’appellation… « Vin pétillant ».

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Or le terme « champagne », qui est une appellation d’origine contrôlée, est jalousement défendu par la France, laquelle rappelle que le vin doit provenir d’un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir droit de s’en prévaloir.

AFP PHOTO / ITAR-TASS POOL / PRESIDENTIAL PRESS SERVICE MIKHAIL KLIMENTYEV /  AFP

Que dit la nouvelle loi russe ?

Une nouvelle loi Russie, adoptée par les députés le 23 juin et signée par Vladimir Poutine le 2 juillet, « fixe de nouvelles exigences pour les produits viticoles », explique le quotidien russe Kommersant. Cette nouvelle législation prévoit que seuls les vins effervescents provenant de Russie pourront utiliser le mot « champagne ». Mais ce n’est pas tout. Cette disposition oblige également les marques étrangères de champagne à inscrire sur leur étiquette la mention « vin pétillant », privant le produit hexagonal de sa véritable appellation. Faute d’étiquette mentionnant la nouvelle appellation, les bouteilles de champagne pourraient être considérées comme de la contrefaçon.

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Selon le journal russe Kommersant, cette loi « vise à développer la vinification russe » et à donner « une nouvelle définition des vins mousseux (champagne), avec les spécificités de la production, la teneur admissible en alcool éthylique, en dioxyde de carbone ». Pour David Chatillon, directeur général de l’Union des Maisons de Champagne, interrogé par 20 Minutes, cette loi « n’a pas forcément été adoptée pour embêter les producteurs français, c’est plus un avatar d’un conflit géopolitique beaucoup plus large ».

LVMH suspend ses livraisons de champagne en Russie

Autant dire que l’initiative russe n’a pas du tout plu aux exportateurs de l’Hexagone. En réponse à la loi, la filiale russe du groupe français LVMH, qui produit notamment les célèbres Moët et Chandon, Veuve Cliquot ou encore Dom Perignon, a prévenu ses partenaires locaux qu’elle suspendait ses livraisons de champagne vers le pays de Poutine.

« Je peux confirmer avoir reçu un courrier de ce type, et c’est justifié », a déclaré Leonid Rafailov, directeur général d’AST, l’un des principaux distributeurs de vins et spiritueux en Russie. Dans un communiqué rendu public par le directeur de l’AST, le groupe français assure que cette suspension est une mesure « temporaire », le temps de trouver la solution appropriée.

Comment les producteurs français ont-ils réagi ?

C’est « une très mauvaise nouvelle » pour les producteurs français, « sous le choc », s’alarme David Chatillon, qui estime que « cette décision sort du chapeau ». « On est extrêmement choqués par cette décision, les Russes s’accaparent un nom sur lequel les Champenois investissent depuis 300 ans. On prend assez mal de se le faire piquer », a-t-il ajouté.

Appellation d’origine contrôlée, le terme « champagne » est jalousement défendu par la France, qui rappelle que le vin doit provenir d’un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir le droit de s’en prévaloir. « Le principe de l’AOC est reconnu par l’UE, mais le nom « champagne » est protégé dans plus de 120 pays, mais pas en Russie. Cette loi est un recul extrêmement sévère. Ça fait vingt ans qu’on discute avec la Russie pour obtenir la protection des AOC là-bas », s’alarme David Chatillon.

Samedi, la filiale russe du groupe français de luxe, LVMH, qui produit notamment les célèbres Moët et Chandon, Veuve Cliquot ou encore Dom Perignon, a prévenu ses partenaires locaux qu’elle suspendait ses livraisons vers le pays.

« Mon téléphone n’arrête pas de sonner »

Les élites russes devront-elles bientôt se passer de leur boisson préférée ? Pour Vadim Drobiz, spécialiste du marché des spiritueux, cette décision ne devrait pas provoquer de véritable séisme : LVMH détient une part assez réduite en Russie et les clients pourront toujours trouver une solution alternative haut de gamme. « Il n’y aura pas de coup d’État ou de suicides en série parmi les élites russes simplement parce qu’elles ne trouvent plus de Moët », a-t-il assuré.

Un avis que ne partage cependant pas Anna Chernyshova, consultante sur le marché des vins, dont l’une des activités est d’aider des clients à se constituer des caves de bouteilles d’exceptions. « Mon téléphone n’arrête pas de sonner, mes clients tentent de voir ce qu’ils peuvent faire. […] Comment vont-ils faire machine arrière ? Beaucoup de responsables politiques aiment ces champagnes. »

Cette décision marque-t-elle la fin des exportations de champagne vers la Russie ?

Dimanche, Moët Hennessy a indiqué qu’il reprendra « au plus vite » les livraisons de champagne en Russie, après avoir opéré des changements sur les étiquettes de ses produits. « Les Maisons de Champagne de Moët Hennessy ont toujours respecté la législation en vigueur partout où elles opèrent et reprendront les livraisons au plus vite le temps d’effectuer ces ajustements », a indiqué, dans un communiqué, Moët Hennessy qui regroupe un ensemble de marques de champagnes, spiritueux et vins au sein du géant du luxe LVMH.

Leader sur le marché russe, Moët Hennessy a indiqué avoir prévenu « ses partenaires commerciaux de l’évolution législative en Russie sur l’apposition d’une mention « vin mousseux/sparkling wines » sur l’étiquette au dos de la bouteille entraînant une suspension très temporaire des livraisons le temps de s’adapter d’un point de vue logistique et réglementaire ». Mais selon David Chatillon, il n’est « pas exclu que d’autres maisons de champagne stoppent leurs exportations vers la Russie. Les discussions sont en cours ».

Quel impact cette décision va-t-elle avoir ?

L’Union des Maisons de Champagne « a bien l’intention de se défendre et d’actionner les diplomaties françaises et de l’UE pour modifier cette loi qui est inacceptable », prévient David Chatillon. Et pour cause, selon le rapport du Comité Champagne sur les exportations de champagne de 2019, la Russie occupe la 16e place du classement mondial, avec 1.718.027 bouteilles reçues, contre 25.677.389 pour les Etats-Unis, premiers du classement. « La Russie était un très gros marché jusqu’à la révolution bolchévique. Depuis ce n’est pas le plus gros marché, mais c’est un marché significatif », justifie David Chatillon.

Un avis que ne partage pas Vadim Drobiz, spécialiste du marché des spiritueux, interrogé par l’AFP. Selon lui, cette décision ne devrait pas provoquer de séisme, estimant que LVMH détient une part assez réduite en Russie et que les clients pourront toujours trouver une solution alternative haut de gamme. « Il n’y aura pas de coup d’Etat ou de suicides en série parmi les élites russes simplement parce qu’elles ne trouvent plus de Moët », a-t-il assuré.

Avec AFP

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