Pubs et restos ouverts, pas de masque… A Guernesey, la vie normale coupée du monde

20 Minute – L’île qui abrite 65.000 habitants a vécu deux confinements stricts pour éradiquer les cas positifs. La population vit en autarcie depuis plus d’un an.

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C’est un environnement que l’on n’a plus connu depuis plus d’un an. Une vie « normale » où aucune loi n’impose le port du masque. Où les restaurants sont ouverts et les bars accueillent une foule clairsemée de personnes sortant du travail et profitant d’un café ou d’une bière pression fraîchement servie.

Une vie où les hôpitaux soignent normalement sans crainte de devoir intuber plusieurs patients dans une même nuit. Cette vie que l’on regrette tant existe encore dans certains territoires. Alors que le président Emmanuel Macron a annoncé un renforcement des restrictions sanitaires en raison de la propagation galopante de l’épidémie de Covid-19 en France, certains profitent d’une vie normale, à quelques kilomètres seulement des côtes normandes et bretonnes.

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Sur l’île de Guernesey, les habitants n’entendent parler du coronavirus qu’au moment où ils allument la télé le soir pour regarder les informations émanant d’Angleterre ou de France. « On ne réalise pas trop ce qu’il se passe ailleurs. C’est comme si on vivait dans une bulle. On fait des barbecues avec les copains, on boit quelques bières. On vit normalement quoi », explique Alan, qui habite le sud de l’île située à un peu plus de 40 kilomètres des côtes du Cotentin.

image: 20 Minute

Deux hôpitaux pour 65.000 résidents

Si elle est proche de la Normandie, Guernesey est pourtant sous le contrôle de la couronne anglaise, tout en gardant son autonomie, comme sa voisine Jersey. L’île n’a pas été complètement épargnée et a compté plusieurs centaines de malades parmi ses 65.000 résidents. Au total, treize personnes sont décédées mais l’épidémie ne s’est pas propagée. « Nous savions que nos deux hôpitaux ne pourraient pas faire face à un afflux massif de malades. Nous avons agi vite et sévèrement », explique le député local Jonathan Le Tocq dans un excellent français.

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Dès le mois de mars 2020, son gouvernement avait imposé un confinement strict de douze semaines. Les écoles avaient fermé, les commerces aussi et l’économie s’était arrêtée. A l’issue de cette période, chaque famille avait été autorisée à en revoir une, puis deux, puis trois. Avec un système volontariste de « contact tracing » et une fermeture stricte des frontières, l’île était parvenue à éradiquer le virus avant l’été.

image: 20 Minute
VIA – Camille Allain – 20 Minute

Un an en autarcie

« Nous avons été frappés par la solidarité de notre communauté. Les gens ont respecté les règles et nous avons pu voyager sur les autres îles du bailliage [Guernesey compte plusieurs îles] comme Aurigny, Sercq ou Herm. C’était un moyen de redécouvrir notre environnement proche », poursuit le député, qui n’a pas quitté l’île pour la première fois depuis cinquante ans.

« Nous avons beaucoup de chance de vivre dans cette bulle. Ici, je me sens en sécurité »

Si un habitant souhaitait quitter l’île, même pour aller à Jersey, il lui fallait effectuer un test à son retour et observer une quarantaine de quinze jours sans sortir de son domicile. Depuis plus d’un an, Guernesey vit donc en autarcie, à huis clos. Si beaucoup sont privés de leur famille ou de leurs amis installés en France ou au Royaume-Uni, la plupart savent qu’ils sont privilégiés. « Nous avons beaucoup de chance de vivre dans cette bulle. Ici, je me sens en sécurité », explique Ulisis. Originaire du Portugal, il est rentré au pays en novembre pour voir sa famille. « Si c’était à refaire, je ne le referais pas. Ça m’a coûté une fortune et c’était galère. J’ai vu l’aéroport de Londres désert, tous les commerces fermés. Au Portugal, rien n’était ouvert, on ne pouvait pas sortir. Quand on vit ici, on a tendance à oublier comment c’est ailleurs. »

En janvier, l’apparition de quatre nouveaux cas a contraint le gouvernement à imposer un nouveau confinement strict de huit semaines. Depuis le 22 mars, l’ensemble de la population vit normalement et profite d’un printemps radieux pour faire la fête. Tout n’est pas rose pour autant et certains secteurs liés au tourisme souffrent terriblement. « Nous venons tout juste de rouvrir l’hôtel après un an de fermeture. On accueille quelques locaux mais ça ne représente que cinq ou six des 38 chambres », explique Ulisis, qui travaille à l’hôtel Hougue du Pommier.

image: 20 Minute

« Nous discutons des conditions de retour des touristes »

Depuis plus d’un an, les navires de Condor Ferries qui ont l’habitude de desservir l’île ne naviguent plus et les 800 à 900.000 visiteurs annuels manquent à l’appel. Une situation qui pèse sur l’économie de l’île, connue pour être un paradis fiscal et dont 50 % de l’activité repose sur les services financiers et bancaires. Les responsables locaux viennent d’annoncer leur intention de rouvrir progressivement les frontières de leur territoire. Pour cela, ils comptent sur une campagne de vaccination volontariste, qui a déjà vu un tiers des résidents recevoir ses deux injections. « Nous discutons des conditions de retour des touristes. Est-ce que nous mettrons en place un passeport de vaccination ? Je l’ignore encore », s’interroge Jonathan Le Tocq.

Dans les rangs de la population, certains ne semblent pas pressés de voir les touristes français et anglais revenir, par crainte de voir l’épidémie repartir. L’exemple de l’île voisine de Jersey, toujours confinée, ne leur fait pas envie. « Je sais que certaines personnes ont des problèmes d’argent. Mais est-ce qu’il faut pour cela rouvrir cet été alors que l’épidémie pose problème partout ? Je préfère attendre que ça redescende. Franchement, je ne pense pas que l’île rouvrira cet été », conclut le gérant du pub Happy Landings, situé à deux pas d’un aéroport déserté. En français, « happy landings » peut se traduire par « bon atterrissage ». A Guernesey, on espère surtout que l’épidémie ne redécolle pas.

Source: Camille Allain – 20 Minute

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