Un homme des bois expulsé de sa cabane après 27 ans de vie isolée

David Lidstone, 81 ans, vivait reclus dans une propriété isolée le long du fleuve Merrimack, aux États-Unis, dans le New Hampshire. Sa maison a brûlé le 4 août, alors qu’il était en détention depuis le 15 juillet pour l’occupation illégale de cette propriété. Des soutiens locaux se démènent pour lui venir en aide. Récit.

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(Carte : Ouest-France) 

« Tout ce que possède un homme, vous le prenez », a déclaré David Lidstone lors du procès. L’Américain de 81 ans se trouve derrière les barreaux depuis le 15 juillet, accusé d’avoir squatté illégalement une propriété de Canterbury, dans le New Hampshire, aux États-Unis, pendant 27 ans.
Sa cabane en bois de deux étages, encombrée mais équipée pour la vie quotidienne a brûlé le 4 août, sans que la cause de l’incendie ne soit encore identifiée par la police. La disparition de la propriété, construite à la sueur de son front, est un crève-cœur pour Jodie Gedeon, une habitante de la ville voisine de Boscawen, qui est une amie.

« C’était sa seule maison »

« Il va être dévasté. C’était sa maison, la seule qu’il ait connue », a-t-elle déclaré au journal local Union Leader . Persuadée que la cause est criminelle, elle a souhaité, dans une publication sur Facebook, que « les responsables [soient] punis […] pour leur inhumanité et leur cruauté » , ajoutant que cet incendie aurait pu déclencher un feu de forêt.

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David Lidstone y vivait en reclus, caché par les arbres, sur les hauteurs d’un terrain boisé de 73 acres. Isolée, sa cabane n’était accessible que par bateau, depuis le fleuve Merrimack, en contrebas.

La propriété appartient à la même famille, qui ne souhaitait rien en faire, depuis 1963, a révélé l’agence Associated Press. Mais le propriétaire du terrain, Leonard Giles, 86 ans, essayait pourtant d’expulser David Lidstone, afin de démolir la maison, depuis 2015.

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Cette année-là, un administrateur de la ville lui a signalé sa présence. Ce dernier souhaitait que les taxes foncières soient payées et s’inquiétait, à l’époque, de « l’évacuation des déchets solides et septiques et des violations potentielles de zonage créées par la maison », relate la plainte de Leonard Giles parcourue par Associated Press .

Le terrain, après l’incendie de la cabane de David Lidstone. (Photo : Facebook / Bob Albini)

La liberté contre l’abandon du logement

Pour sa défense, David Lidstone, qui n’a pas d’avocat, a tenté de faire passer sa maison pour une simple cabane de chasse et de pêche. Sans convaincre le juge, qui lui a demandé de quitter les lieux en échange de sa libération. Une ordonnance avait déjà été émise en 2017, mais « River Dave » n’avait pas obtempéré.

« La balle est dans votre camp », l’avait prévenu Andrew Schulman, juge de la cour supérieure du comté de Merrimack. David Lidstone aurait donc pu sortir de prison, sous réserve de s’engager à ne pas retourner dans la cabane.

Le juge Schulman a reconnu que Lidstone ne faisait de mal à personne, mais a déclaré que la loi était clairement du côté du propriétaire foncier, rapporte Associated Press. Il a, par ailleurs, encouragé à plusieurs reprises l’avocate du propriétaire Leonard Giles, Lisa Snow Wade, à trouver un arrangement avec les responsables de Canterbury pour que Lidstone reste sur le terrain. « Ce n’est pas comme si la société ne savait pas comment construire une fosse septique », a-t-il déclaré.

Une cabane pas aux normes

David Lidstone reçoit, depuis son incarcération, le soutien de la communauté locale. Et la destruction de la maison n’a pas découragé les gens de la région à tout tenter pour qu’il puisse retrouver le terrain qu’il occupe depuis bientôt trente ans.

Trois campagnes de dons différentes ont été lancées, les 4 et 5 août, sur la plateforme Gofundme. Toutes souhaitent aider « River Dave » à se trouver une maison. Elles cumulent, pour le moment, un peu plus de 2 000 dollars.

Jodie Gedeon, son amie depuis vingt ans, multiplie les actions pour le soutenir. Elle mobilise l’adhésion des riverains à sa cause et organise la réaction pour ne pas le laisser sans abri. Dans l’une de ses nombreuses publications sur Facebook, le 3 août, elle résume le plan d’action après avoir assisté à un conseil municipal : « Nous devons maintenant […] parler au propriétaire et à l’avocat pour voir s’il est possible de louer ou de vendre le terrain à Dave [Lidstone]. Puis, […] répondre aux demandes de la Ville. » Cette dernière impose la création d’une route d’accès et l’installation d’une fosse septique ou de toilettes extérieures.

David Lidstone dans son kayak sur le fleuve Merrimack (Photo : capture d’écran Youtube / Wmur-TV)

27 ans, toute une vie

« J’ai fait toute la plomberie. J’ai tout fait. Il n’y a pas un clou dans cette maison que je n’aie pas planté moi-même. » David Lidstone est très clair, dans le portrait vidéo que lui a consacré Wmur, une chaîne de télévision locale, en 2018 : cette maison est la sienne. À 78 ans, cette année-là, il rit de la fainéantise des nouvelles générations « qui ne lèvent plus le petit doigt » s’étonne même que le journaliste se soit déplacé.

Lui recycle et fabrique de ses mains. On le découvre fier de montrer son potager, où poussent des concombres qu’il a lui-même plantés. David Lidstone cultive sa propre nourriture, coupe son bois de chauffage et « aime bricoler » pour sa maison équipée de panneaux solaires et reliée à de l’eau de source récupérée dans un ruisseau. Sous son fatras, à l’intérieur, on découvre un homme à la vie organisée, où chaque chose, jusqu’à un vestige de magnétoscope, a sa place et son utilité. Pendant un temps, il raconte avoir capté les chaînes de télévision diffusées par satellite, jusqu’à ce qu’on lui coupe la connexion.

David Lidstone avait toute sa vie dans sa cabane de deux étages. (Photo : Facebook / Bob Albini)

« Je ne m’ennuie pas », assurait-il à Wmur-TV, en 2018, « j’ai des poules et un chat ». Il a pris l’habitude d’aller saluer les plaisanciers et les kayakistes depuis la berge. Certains lui partagent un peu de leur nourriture avec lui. Les locaux le connaissent depuis toujours et lui apportent régulièrement des victuailles. « River Dave » est devenu une figure locale avec le temps, un marginal en lien avec le monde. David Lidstone bénéficie de la sécurité sociale, possède un smartphone et reçoit le courrier.

Arrivé avec sa femme, pour s’échapper ponctuellement de la ville, ce vétéran de l’US Air Force y a fait son nid jusqu’à n’en plus partir, installé seul dans ce qui est devenu sa résidence principale, où ses quatre enfants avaient pris l’habitude de lui rendre visite. La demande de Vincent Lidstone, son frère cadet de 77 ans, était simple : « Il a 81 ans. Laissez-le tranquille. » Avant que sa maison ne brûle, « River Dave » avait pris l’habitude de profiter de la vue, une bière à la main, sur la terrasse de sa maison. Voudra-t-il seulement retourner sur le terrain ?

Source: Par Florent SERVIA Pour Ouest-France

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