Chefs d’entreprise, jeunes, chômeurs… La crise sanitaire fait craindre une hausse des suicides en France, selon une étude

Selon une enquête réalisée pour la fondation Jean Jaurès, le confinement du printemps et les mois qui ont suivi ont affecté pyschologiquement les Français. Et le reconfinement actuellement en vigueur ne risque pas d’inverser cette tendance.

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Les dirigeants d’entreprises, les artisans-commerçants, les jeunes et les chômeurs sont les populations les plus à risque de suicide parmi les 20 % de Français qui affirment avoir envisagé sérieusement de se suicider en 2020, selon une enquête Ifop pour la fondation Jean Jaurès publiée ce vendredi.

Selon cette enquête, réalisée fin septembre en lien direct avec la crise sanitaire et ses effets économiques et sociaux induits, parmi les 20 % de personnes interrogées qui déclarent avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider dans leur vie, 11 % déclarent l’avoir envisagé durant la période du premier confinement et 17 % depuis sa fin.

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Le deuxième confinement pire que le premier

Pour Michel Debout, interrogé par Franceinfo, le premier confinement a opéré une forme de protection contre le suicide. Il met en avant une “volonté de survie” face au virus, mais aussi l’élan de solidarité de cette période et la difficulté de s’isoler pour passer à l’acte.

Mais, pour lui, “la crise est devant nous”, notamment avec ce deuxième confinement. « Nous sommes passés de ‘tous à domicile, sauf exception’, à ‘tous au travail, sauf exception », explique-t-il. Au-delà de l’incompréhension que cette décision politique veut susciter au sein de certaines catégories socio-professionnelles, la “bulle” de protection du premier confinement est ainsi éclatée.

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Ainsi, 25% des artisans-commerçants ont envisagé sérieusement de se suicider, et 27% des chômeurs et dirigeants d’entreprise. 16% des chômeurs ont pris des antidépresseurs au cours des douze derniers mois, contre 10% de la totalité des Français.

Des effets délétères constatés sur plusieurs années

« Ce qui doit nous faire prendre conscience collectivement que la crise est devant nous », mettent en garde les auteurs, Michel Debout, professeur de médecine légale et de droit de la santé, membre de l’observatoire national du suicide et co-auteur de l’enquête avec Jérôme Fourquet de l’Ifop. Ils rappellent que depuis la crise de 1929 aux États-Unis, « toutes les études montrent que les effets suicidaires des crises se font sentir dans un délai de plusieurs mois, voire quelques années ». Pour celle de 2008, c’est en 2009 et 2010, que le pic des suicides a été identifié.

Ils notent aussi « une différence essentielle entre le premier confinement, où la solidarité a pu s’exprimer », et celui en vigueur depuis le 30 octobre qui « provoque l’incompréhension notamment des secteurs économiques qui doivent cesser leur activité ».

Les jeunes sur la brèche

L’enquête relève que 27 % de ceux qui disent avoir songé à se suicider (population générale) sont passés à l’acte, avec hospitalisation, en 2020, contre 22 % en 2016. C’est particulièrement marqué chez les jeunes : en 2016, chez les moins de 35 ans qui avaient déjà envisagé une tentative de suicide, 26 % disaient avoir fait une tentative provoquant une hospitalisation, contre 33 % quatre ans plus tard. « Un niveau très préoccupant », estiment les auteurs.

Ils expliquent en partie cette réalité par « les difficultés d’insertion professionnelle et sociale, de formation », ainsi que par la difficulté à suivre ou poursuivre des soins adaptés. Les chômeurs sont eux aussi très touchés : 27 % déclarent avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider en 2020, dont 34 % disent avoir été hospitalisés après passage à l’acte.

L’enquête a été réalisée du 21 au 28 septembre auprès de 2.000 répondants selon la méthode des quotas, en comparaison avec une précédente étude réalisée en février 2016 également pour la fondation Jean Jaurès.

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