Génétique, groupe sanguin, immunité croisée… pourquoi certains échappent-ils toujours au Covid-19 ?

Vous l’avez peut-être constaté autour de vous : certaines personnes qui vivent au contact d’une personne testée positive et donc exposées au virus quotidiennement, n’attrapent pas le Covid-19. Sont-ils simplement chanceux ? On manque de preuves encore, mais plusieurs pistes sont avancées pour tenter d’expliquer leur résistance au virus.

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C’est un phénomène que les médecins connaissent. Ils ne sont donc pas étonnés. Le chef d’un service d’urgences en région parisienne en témoigne : « Sur une soixantaine de médecins autour de moi, qui ont soigné, et ‘respiré’ du Covid pendant deux ans, un petit groupe, pourtant tout autant exposé que les autres, est passé entre les gouttes et n’a jamais fait de Covid. »

Cas contact mais jamais contaminé

Ce constat n’est pas une surprise, « on sait que nous sommes inégaux face aux maladies », explique-t-il. « Pourquoi certains, infectés au VIH, déclarent très vite la maladie, alors que d’autres vont vivre avec le virus toute leur vie sans jamais que la maladie se déclare ? En médecine, on le sait, des susceptibilités génétiques sont à l’œuvre, qu’on ne s’explique pas », dit-il.

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« J’ai été plusieurs fois cas contact. (…) C’est un peu l’impression de passer entre les gouttes, parce que même si je fais attention je ne m’empêche pas de vivre. Aujourd’hui, en habitant à Paris, au bout de deux ans, ne pas avoir contracté le virus, ça se fait un peu plus rare », témoigne par exemple Julien, trentenaire, à France Inter.

Après deux ans de pandémie, et surtout des semaines d’Omicron, pourtant bien plus contagieux encore que le Delta, les « rescapés » du Covid, ceux qui y ont échappé, sont de plus en plus rares et auraient même tendance à s’en étonner. Sont-ils chanceux ou simplement précautionneux ? Prédisposés ?

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Plusieurs hypothèses sont possibles

La première raison est la plus évidente. La personne négative n’aurait-elle pas déjà été infectée sans le savoir ? On sait que certaines personnes sont des porteurs sains (ils n’ont pas de symptômes) et que la vaccination peut atténuer fortement le développement de la maladie.

Deuxième possibilité : une super-immunité, conférée par le vaccin ou par des défenses bien en place, protégerait-elle certains individus ? On sait qu’on est plus ou moins bien prédisposé à se défendre, selon de multiples facteurs (génétiques, âge, etc.).

Par ailleurs, des chercheurs suggèrent qu’avoir eu un rhume pourrait protéger de l‘infection par le variant Omicron. Une précédente infection par un rhinovirus pourrait en effet bloquer la réplication du Sars-CoV-2. En comparant les données d’une cinquantaine de personnes qui vivaient sous le même toit qu’une personne testée positive – et donc largement exposées au virus -, des scientifiques ont observé que ceux qui avaient attrapé un rhume auparavant avaient un moindre risque de contracter le virus.

L’immunité cellulaire stimulée par le rhume

« Etre exposé au virus SARS-CoV-2 n’entraîne pas toujours une infection, et nous avons voulu comprendre pourquoi », explique le Dr Rhia Kundu, membre de l’Institut national du cœur et des poumons de l’Imperial College de Londres et auteure principale de l’étude, dans un entretien diffusé par la prestigieuse université. Pour le découvrir, les chercheurs ont lancé leurs travaux en septembre 2020, alors que la population au Royaume-Uni avait été peu contaminée et peu vaccinée. Ils ont sélectionné un échantillon de 52 personnes vivant avec une personne infectée par le Covid-19 (avec confirmation par test PCR), donc exposées au virus. Chaque participant a passé trois tests PCR (Le jour J, à J + 4 et J + 7), pour détecter toute contamination. Résultat : 26 tests positifs, 26 négatifs.

Dans le même temps, des échantillons de sang leur ont été prélevés (le jour J, à J + 7 et J + 28), afin de déterminer leurs niveaux de cellules T préexistantes. Et ces taux étaient significativement plus élevés dans la moitié épargnée par le virus. « Nous avons découvert que des niveaux élevés de cellules T préexistantes, créées par l’organisme lorsqu’il est infecté par d’autres coronavirus humains tels que le rhume, peuvent protéger contre l’infection au Covid-19 », confirme le Dr Kundu. En clair, pour les chercheurs : le rhume contracté par les participants testés négatifs les a protégés du Covid-19.

Enfin, une étude récente, publiée dans la revue Epidemics, suggère aussi qu’on aurait plus de chances de transmettre le virus à quelqu’un ayant le même groupe sanguin ! Ce qui pourrait expliquer que certains échappent à l’infection au sein d’une même tribu.

En attendant que le mystère soit résolu, les cas contacts qui vivent au côté de personnes positives doivent continuer à s’autotester régulièrement et appliquer quelques précautions pour éviter l’infection : respecter les gestes barrières, s’isoler dans des espaces distincts quand c’est possible, sans oublier de désinfecter et aérer régulièrement leur logement.

Avec Agences