L’affaire du petit Tony, trois ans et battu à mort: le procès des parents s’ouvre à Reims

La cour d’assises de la Marne a renvoyé mardi matin à 2021 le procès du beau-père de Tony, mort sous ses coups à trois ans, en novembre 2016, et de la mère de l’enfant en raison de la grève des avocats.

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Le procès du beau-père et de la mère du petit Tony, mort sous les coups en novembre 2016 dans un immeuble du quartier Châtillons à Reims, s’ouvre ce lundi 1er février devant la cour d’assises de la Marne. Un procès qui pose la question de la maltraitance et du silence.

La cour d’assises de la Marne se penche à partir de ce lundi 1er février sur le calvaire de Tony, cet enfant de 3 ans, mort sous les coups dans le quartier Châtillons à Reims le 26 novembre 2016. Le beau-père du garçon, Loïc Vantal, jugé pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », est accusé d’avoir maltraité l’enfant pendant plusieurs semaines et d’avoir porté les coups de poing violents dans l’abdomen qui ont été fatals au petit garçon. La mère, Caroline Létoile, « jugée pour non dénonciation de mauvais traitements » est accusée de n’avoir rien dit.

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Le 30 novembre 2016, quatre jours après la mort de Tony, une marche blanche avait réuni 600 personnes dans les rues de Reims. – Bernard Sivade

L’affaire du petit Tony, en 2016

Le drame se déroule en huis clos. En plusieurs actes aussi. Le 26 novembre 2016, vers 15 h 30, les sapeurs-pompiers de Reims reçoivent l’appel d’une maman de 19 ans qui indique que son fils de 3 ans a perdu connaissance après une chute. Arrivés dans l’appartement de la jeune femme, les pompiers découvrent un petit garçon dans un état « particulièrement grave ».

Alors qu’ils tentent de réanimer l’enfant, les secouristes découvrent sur son corps de nombreux hématomes et décident d’aviser les services de police. Tony, né en avril 2013, est transporté aux urgences pédiatriques du CHU de Reims, où un médecin remarque à son tour des traces de coups de poing au ventre. Le petit Tony décédera à peine quelques heures plus tard.

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À l’hôpital, une des médecins, responsable de la cellule maltraitante pédiatrique de l’hôpital, fait part aux enquêteurs de la « vraisemblance » de violences perpétrées sur le petit garçon. Il présente en effet des hématomes au niveau de la tête, du dos, de ventre, des bras et des membres inférieurs. Les marques datent de « deux ou trois jours » selon son rapport. L’autopsie démontre de son côté que la mort de l’enfant est due à un éclatement de la rate et du pancréas dû à des coups de poing violents portés au niveau de l’abdomen.

Le rapport fait également état de nombreuses lésions traumatiques sur le visage et le corps de la jeune victime, ainsi que plusieurs fractures des côtes, anciennes et récentes.

Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Quatre jours après la mort de Tony, image: LP/PHILIPPE LAVIEILLE

Condamné sept fois pour des faits de violence

Lors de sa garde à vue, la mère, « effondrée » selon le procureur, avait d’abord tenté de minimiser les faits avant de reconnaître que son compagnon avec lequel elle vivait depuis trois mois frappait son fils, qui servait de « souffre-douleur ».

Condamné sept fois pour des faits de violence, son conjoint reconnaissait finalement des violences sur l’enfant après plusieurs dénégations. L’enquête révélera que les insultes, les gifles et les coups de poing avaient débuté dès son arrivée dans l’appartement de la mère en septembre 2016, avec une dramatique intensification des violences physiques la semaine précédant la mort de l’enfant.

« Elle a eu l’occasion de fuir avec son enfant… »

Face aux enquêteurs, la mère de Tony a expliqué que c’est par « peur » de son compagnon qu’elle n’avait pas réagi pour empêcher la mort de son enfant, quelques semaines à peine après leur emménagement commun dans un appartement situé au 6e étage d’un immeuble de la place des Argonautes à Reims.

« La peur ne justifie pas tout, tacle aujourd’hui Olivier Chalot, l’avocat qui défend le père de l’enfant et la grand-mère paternelle. L’enquête a démontré qu’elle avait eu l’occasion de fuir avec son enfant à plusieurs reprises mais qu’elle n’en a rien fait… » Le petit Tony a succombé à une phase de violences qui a duré environ un mois et s’est conclu par une double rupture de la rate et du pancréas causée, a priori, par des coups de poing portés à l’abdomen. Le rapport d’autopsie fait état de nombreux hématomes et de blessures caractéristiques de la maltraitance infantile.

Le silence des voisins

« Tout le monde dans l’immeuble a, à un moment, entendu Tony pleurer »

Ce procès sera sans nul doute aussi l’occasion de revenir sur le rôle des voisins du petit Tony, très tôt pointés du doigt. Dès décembre 2016, le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, avait assuré que le petit Tony aurait pu « passer la Noël si les voisins avaient réagi ».

Depuis, une procédure a été enclenchée à l’encontre du voisin le plus proche. Jugé pour « non-dénonciation de mauvais traitement », il a été relaxé en première instance, puis en appel mais le parquet général s’est pourvu en cassation, estimant que l’information des autorités aurait sûrement évité l’issue fatale pour le garçonnet.

Lors d’une marche blanche en hommage à Tony, image: FRANCOIS NASCIMBENI

Ce voisin pourrait être cité comme témoin lors du procès qui s’ouvre ce lundi. Pour Loïc Vantal et Caroline Létoile dont les avocats n’ont pas voulu s’exprimer avant l’audience, le verdict est attendu jeudi dans la soirée.

Les peines encourues par les deux accusés

Le procès des deux accusés avait été renvoyé en février 2020 en pleine grève des avocats. Accusé de « violences habituelles sur un mineur de moins de 15 ans » et de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », le beau-père du petit Tony Loïc Vantal, 28 ans, risque jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.

La mère du garçon Caroline Letoile, âgée de 24 ans, risque quant à elle jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour « non-assistance à personne en péril » et « non-dénonciation de mauvais traitements ». Le verdict est attendu le 5 février.

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