Les déclarations des collégiens mis en examen après le suicide d’Evaëlle, victime de harcèlement scolaire (vidéo)

Quelques mois après une professeure de français, trois collégiens ont été mis en examen pour harcèlement le 18 janvier 2021, un an et demi après le suicide d’Evaëlle, une collégienne de 11 ans.

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Un an et demi après le suicide d’Evaëlle, une collégienne de 11 ans, ses parents cherchent toujours des réponses. Trois adolescents de 13 ans ont été mis en examen pour harcèlement, rapporte lundi 18 janvier le parquet de Pontoise, confirmant une information du Parisien.

La professeure de français de la jeune fille avait été mise en examen pour harcèlement en septembre 2020. Elle est depuis interdite d’enseigner et a une obligation de soins psychologiques. Parmi les trois collégiens mis en examen, l’un d’eux est placé sous contrôle judiciaire et doit continuer de se rendre en cours, les deux autres sont mis en liberté surveillée préjudicielle (une mesure de surveillance couplée à une action éducative).

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«Des conséquences très graves pour les moqueurs»

La mise en examen des trois élèves, âgés de 11 ans au moment des faits, est « exceptionnelle, car ils étaient extrêmement jeunes, mais la juge a estimé à juste titre qu’il y avait suffisamment de charges contre eux », a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’avocate des parents de la fillette, Delphine Meillet.

« Le message est clair : cela signifie que se moquer violemment d’une enfant peut entraîner des conséquences très graves pour les moqueurs. »

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« Quand Evaëlle a une frustration, elle pleure »

Les élèves ont-ils également pu être influencés par le comportement de leur professeure de français à l’égard d’Evaëlle ? C’est en tout cas l’une des thèses explorées par les enquêteurs. Des élèves rapportent de nombreuses brimades, moqueries et sa mise à l’écart, au fond de la classe, malgré des problèmes ophtalmiques. Dix jours après l’histoire du bus, l’enseignante, entrée dans l’Education nationale en 1987, décide d’organiser une séance de vie de classe sur le thème : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue par la classe ? ». Les remarques fusent, la fillette est en larmes. Certains élèves sont mal à l’aise. Même A., qui se décrit lui-même comme le « chouchou » de cette enseignante, estime que « ça ne se fait pas, on n’a pas à faire ça. »

Au cours de son audition, la quinquagénaire a nié toute malveillance. « Ma volonté, c’était de dire aux élèves « maintenant, stop, vous n’êtes pas amis, ce n’est pas grave, mais chacun reste dans son coin ». Pour moi, cette heure de vie de classe s’est bien passée. Et sur les pleurs, […] quand Evaëlle a une frustration, elle pleure. » Mutée en Bretagne, elle a finalement été suspendue. « Que des ados de 11 ans ne prennent peut-être pas la mesure du mal qu’ils causent par leurs moqueries, c’est une chose, mais qu’une adulte, professeure de surcroît, sadise une élève, c’en est une autre », a déploré l’avocate de la famille, Me Delphine Meillet. La conseil estime qu’elle a ainsi implicitement autorisé certains élèves à s’en prendre à Evaëlle. Dès le lendemain, la fillette était une nouvelle fois violentée.

La goutte d’eau d’un vase déjà trop plein

Alertés, ses parents la changent de collège et décident de porter plainte contre la professeure et les trois ados. « On a fait deux commissariats, à Herblay et à Cergy, et à chaque fois on nous a refusé notre plainte contre l’enseignante », assure sa mère. Dans son nouvel établissement, la situation s’améliore jusqu’à ce que certains élèves apprennent qu’elle avait été harcelée auparavant. Les brimades reprennent.

Le 21 juin, un garçon lui vide son sac et jette ses affaires en pleine rue. Quelques heures plus tard, la fillette se pendra dans sa chambre. « La goutte d’eau » d’un vase sans doute déjà trop plein. « Ce qu’on souhaite aujourd’hui c’est que la justice travaille sur l’autre volet du dossier, l’homicide involontaire, poursuit la mère de la jeune victime. Car le harcèlement c’est la cause, la conséquence de ces actes, c’est la mort. »

La famille indemnisée par l’éducation nationale

En septembre dernier, fait rarissime, la professeure de français de la fillette avait elle aussi été mise en examen pour harcèlement, avec interdiction d’exercer et obligation de soins.

Pendant des mois, les parents de la collégienne ont alerté la direction de l’établissement, puis l’inspection académique. L’Éducation nationale a indemnisé la famille au titre du préjudice moral, selon le rectorat de Versailles, en échange de l’abandon d’éventuelles poursuites envers l’État. Le 5 novembre, journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, un hommage a été rendu à Evaëlle dans le collège où elle était scolarisée.

Franbuzz avec AFP

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