L’Europe veut interdire les voitures essence et diesel en 2035 : quelles conséquences pour les automobilistes ?

La Commission européenne a proposé ce mercredi d’interdire à partir de 2035 la vente de voitures neuves à essence ou diesel au profit des motorisations 100% électriques. Qu’est-ce que cela pourrait changer pour les automobilistes européens ?

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100 % des voitures vendues en Europe d’ici 15 ans pourraient être électriques. Cette ambitieuse proposition a été soumise mercredi par la Commission européenne lors de la présentation de son vaste plan climat. Bruxelles souhaite l’arrêt des ventes de véhicules neufs à moteurs thermiques, y compris les hybrides (essence-électrique) et hybrides rechargeables d’ici 2035 dans l’UE. Un moyen de réduire les émissions de CO2 et d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE.

Cette proposition et la douzaine de textes dévoilés par l’exécutif européen feront l’objet, pendant au moins un an, d’âpres discussions entre eurodéputés et Etats membres, mais les conséquences sociales de certaines propositions inquiètent, faisant ressurgir le spectre du mouvement français des «gilets jaunes ». Ursula von der Leyen s’est attachée à rassurer, affirmant que « l’emploi et l’équité sociale seraient au cœur de cette transformation » verte.

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Qu’est-ce qui va changer pour les constructeurs?

L’année 2020 a marqué une vraie accélération, sous pression de l’UE et grâce aux aides publiques. Les constructeurs ont électrifié leurs gammes et le marché des hybrides et des électriques a explosé en Allemagne, en France ou en Italie. Volkswagen et Volvo ont présenté les plans les plus ambitieux avec, respectivement, 60% de voitures électriques en Europe, et 100% dans le monde, d’ici 2030.

Renault, pionnier de l’électrique avec sa Zoé, accélère sa transition, tout comme Stellantis, en pointe sur les hybrides. Mais le challenge est complexe pour les industriels français: soit c’est le déclin, soit c’est le sursaut, selon la plateforme automobile, l’organisation qui représente la filière en France.

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La transition vers l’électrique est actée et s’accélère même selon l’Elysée. Mais pour se lancer les industriels doivent investir quelque 17 milliards d’euros en 5 ans. Ils n’y arriveront pas seuls, ils ont besoin du soutien de l’Etat, à hauteur de 30 % disent-ils, « pour préserver la compétitivité et éviter la dépendance vis à vis de l’industrie chinoise ».

Le gouvernement a ainsi promis un plan d’aide d’ici la fin de l’été… sans en préciser pour l’instant le montant. Attention, cette transition vers l’électrique ne doit pas se conduire au détriment de l’emploi, alerte le syndicat FO Métaux. 100.000 emplois seraient menacés: là ou il faut cinq salariés pour produire un moteur thermique, seulement trois sont nécessaires pour l’équivalent électrique.

Qu’est-ce qui va changer pour les automobilistes?

La première question qui se pose est simple: pourra-t-on toujours rouler à l’essence? Et la réponse l’est tout autant: oui. D’ici à ce que l’interdiction tombe, ces modèles devraient encore se vendre par dizaines de millions à travers l’Europe, et ils pourront toujours rouler après 2035.  La Commission mise sur cette interdiction pour atteindre un transport complètement décarboné en 2050 (l’objectif de neutralité carbone de l’Europe), car une voiture reste environ 15 ans sur la route avant de partir à la casse.

« Les voitures d’occasion seront plutôt concernées par les restrictions de circulation locales, comme les zones à faibles émissions », précise Julia Poliscanova de l’ONG européenne Transport and Environment. Dans ces zones, dans des métropoles comme Londres ou Paris, l’accès serait limité assez vite aux seuls véhicules électriques.

Les voitures vont-elles devenir un produit de luxe?

Les prix des voitures électriques, aujourd’hui bien plus élevés que ceux des thermiques, pourraient baisser assez vite à mesure qu’elles sont produites en masse et que le coût des batteries baisse. Selon le groupe Stellantis (Peugeot, Fiat…), la parité pourrait être atteinte entre 2025 et 2030.

Les usages évoluent également, avec de plus en plus de véhicules proposés en leasing, ce qui permet de « lisser le prix », souligne Thomas Morel du cabinet McKinsey.

De l’autre côté, le prix des voitures à essence devrait augmenter avec des malus gouvernementaux croissants, sans compter les amendes aux constructeurs responsables de trop d’émissions de CO2, a expliqué mardi Volkswagen.

Que fera-t-on des vieux véhicules?

« On peut imaginer qu’il y aura des encouragements à changer de véhicule, à l’instar des primes à la casse », souligne Thomas Morel. « Bon nombre de véhicules vont devenir obsolètes, et n’auront probablement pas le droit de circuler dans certaines zones urbaines. Leur valeur résiduelle pourrait ainsi baisser drastiquement ».

« On peut d’abord imaginer qu’on aura besoin de moins de voitures », indique Julia Poliscanova chez T&E. « Dans les villes notamment, on utilisera les transports en commun, les vélos, les véhicules partagés ».

Le retrofit (un moteur électrique dans une voiture d’occasion) pourrait également permettre une transition plus écologique.

Les hybrides ont-ils un avenir?

Les hybrides rechargeables ont un moteur électrique qui aide ou remplace le moteur thermique sur quelques kilomètres. Plus lourds que leurs équivalents thermiques, avec leurs deux moteurs, ils peuvent être plus polluants s’ils ne sont pas rechargés.

Ils pourraient faire l’objet de cette interdiction européenne en 2035. Mais France et Allemagne défendent ces voitures de « transition » vers le tout-électrique. La question reste posée.

L’Europe compte-t-elle assez de bornes de recharge ?

Non. L’Union comptait environ 250.000 bornes publiques en septembre 2020, surtout des bornes de faible puissance, compliquées à utiliser, et concentrées dans quelques pays, selon la Cour des comptes européenne. C’est le principal sujet pour les constructeurs, qui veulent que les pouvoirs publics aident à l’installation de bornes à domicile et sur la voie publique.

« Les voitures vont arriver et créer un modèle économique », souligne Julia Poliscanova, citant en exemple la Norvège ou les Pays-Bas. « Il faudrait cependant que la Commission européenne impose des standards pour les bornes, afin que les automobilistes puissent être sûrs de recharger leur véhicule, où qu’ils aillent ».

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans un entretien à des journaux européens, a dit qu’il fallait des points de recharge tous les 60 kilomètres le long des principales routes européennes.

Contre la peur de la panne, « les constructeurs vont devoir faciliter la vie des utilisateurs », souligne Thomas Morel. « Si demain l’autonomie est portée à hauteur de 500 kilomètres par exemple, et que la charge est réduite à 10 minutes, un frein majeur sera levé ».

Avec AFP

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