Pass sanitaire : « On a clairement autre chose à faire… » Les policiers peu enclins à contrôler les nouvelles restrictions

Pour les organisations syndicales, les policiers ne sont pas assez nombreux pour réaliser ces missions, qu’ils estiment éloignées de leur cœur de métier.

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Une semaine après les annonces d’Emmanuel Macron​, le projet de loi étendant le pass sanitaire a été adopté ce lundi  en Conseil des ministres. Le texte, qui sera examiné mardi en commission à l’Assemblée nationale, puis mercredi après-midi dans l’hémicycle, prévoit notamment la mise en place de contrôles qui pourraient être réalisés par les forces de l’ordre.

Alors que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a demandé dimanche aux préfets demandé de la fermeté dans l’application des nouvelles mesures anti-Covid, les principaux syndicats de gardiens de la paix, consultés par 20 Minutes, sont unanimes : les policiers ne sont pas assez nombreux pour effectuer ces missions qui, selon eux, ne sont pas prioritaires. « On a clairement autre chose à faire », lâche Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO.

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Le texte prévoit le placement et le maintien en isolement de toute personne testée positive au Covid-19, pour dix jours dans le lieu déclaré à l’examen. Une mesure dont le respect pourra être contrôlé par la police et la gendarmerie. « Ce n’est pas notre cœur de métier, ni notre mission, d’aller taper à la porte des milliers de personnes positives pour vérifier qu’elles soient bien isolées, assure Stanislas Gaudon, secrétaire administratif général d’Alliance police nationale. C’est davantage le travail de l’Assurance maladie. » Un avis partagé par Thierry Clair, secrétaire national de l’Unsa police. « Il appartient aux services qui procèdent aux contrôles des arrêts maladie de réaliser ces contrôles. »

« On ne peut pas tout demander aux policiers »

Selon les organisations syndicales interrogées, cette mission serait beaucoup trop chronophage pour des effectifs déjà bien occupés. Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police, a fait le calcul : « Pour aller contrôler une seule personne, il faut mobiliser un équipage, c’est-à-dire trois collègues. S’il y a 1.000 personnes à contrôler, cela fait 3.000 policiers mobilisés pendant 30 à 45 minutes. C’est juste pas possible, on a autre chose à faire », explique-t-il. « Quelles missions prioritaires allons-nous sacrifier au titre du contrôle des personnes à domicile ? », s’interroge pour sa part Stanislas Gaudon, ajoutant que le syndicat Alliance est « vent debout contre cette mesure ».

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Autre point d’achoppement : les forces de l’ordre pourraient être amenées à vérifier que les établissements recevant du public contrôlent les pass sanitaires de leurs clients. Pour Thierry Clair, « il appartient aux professionnels concernés de les contrôler, car on ne peut pas tout demander aux policiers, ce n’est pas possible ». « On ne peut pas lutter contre les stupéfiants, les violences intra-familiales, sécuriser les quartiers touristiques, les villes balnéaires, et nous demander en plus de contrôler les terrasses des restaurants », complète Grégory Joron. « On va aller contrôler au hasard de gens attablés le soir en train de manger et on va leur demander leur pass sanitaire ? Ça va être un pugilat », prédit Denis Jacob. Et d’ajouter : « Les gens vont aussi nous rappeler que les policiers, eux, ne sont pas soumis au pass sanitaire. »

200.000 bars et restaurants à contrôler

Stanislas Gaudon s’interroge aussi sur la faisabilité d’une telle mesure, alors qu’il y a « environ 200.000 établissements de type bar ou restaurant en France ». Grégory Joron ne dit pas autre chose : « La volonté politique va aussi se heurter aux réalités de terrain : comment fait-on pour contrôler les terrasses de chaque bar midi et soir ? »

Denis Jacob, d’Alternative police, va plus loin. Pour lui, Emmanuel Macron aurait dû « annoncer clairement l’obligation de vaccination pour l’ensemble des Français pour simplifier le travail des policiers ». En l’état du texte, conclut Thierry Clair, les mesures prévues vont « vraiment compliquer la tâche des policiers par rapport aux missions qu’ils ont déjà ».

VIA : 20 Minutes

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