Pourquoi les bâtons de randonnée ne sont plus les bienvenus en Bretagne

A Belle-île ou à Saint-Nazaire, de récents arrêtés interdisent désormais l’usage de bâtons de marche pointus.

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20 Minutes : Couplés à de bonnes chaussures de rando, ils soulagent les articulations, apportent de la stabilité, et permettent de garder un certain rythme. Mais pour la nature, les bâtons de marche ne semblent pas aussi bénéfiques, bien au contraire. Alors que des hordes de randonneurs ont commencé à déferler sur les sentiers de l’Hexagone pour les vacances d’été, une partie d’entre eux va devoir changer ses habitudes. Car sur certains chemins fragiles, et notamment le long du littoral breton, il n’est plus autorisé de planter dans le sol ces bâtons, en tout cas ceux qui disposent de bouts métalliques, notamment utilisés par les fans de marche nordique.

« Comme des piolets, ces pointes perforent les chemins et peuvent faire des ravages, estime David Samzun, le maire (PS) de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), qui a pris un arrêté municipal d’interdiction il y a quinze jours. La hausse de la fréquentation des piétons munis de ces bâtons participe à l’érosion des sentiers côtiers, des chemins de randonnées et à la dégradation de la végétation. » Et notamment sur le fameux GR34, appelé aussi sentier des douaniers. « C’est un endroit magnifique, les amoureux de la nature doivent pouvoir faire ce petit geste », estime l’édile, qui confesse être un randonneur assidu.

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Une solution, les embouts en caoutchouc

Pour ne pas priver de ces sublimes paysages les marcheurs qui ne voudraient pas quitter leurs bâtons, il y a une solution. Celle de les coiffer d’embouts en caoutchouc, en vente pour quelques euros dans les enseignes de sport. Comme à Saint-Nazaire, c’est désormais la condition sine qua non pour parcourir les 83 km du sentier côtier de Belle-Ile-en-Mer, depuis le 20 juin. Là aussi, les élus ont adopté ce texte réglementaire et s’apprêtent à déployer une campagne de communication après que les petits trous causés par ces pointes devenaient de plus en plus nombreux et visibles sur le magnifique GR340. Ailleurs en Bretagne, quelques communes demandaient déjà depuis plusieurs années aux promeneurs de passer à ces embouts en plastique, qui ont en plus l’intérêt d’éliminer les bruits, souvent au grand soulagement des habitants.

Et les pratiquants, qu’en pensent-ils ? A la Fédération française de randonnée, on voit cela d’un bon œil. « Quand on voit l’affaissement à certains endroits, où il faut parfois reculer le tracé, on se dit qu’il faut tout faire pour préserver nos sentiers, qui sont des trésors, observe Madeleine Lebranchu vice-présidente de la FFRandonnée, basée dans le Morbihan. Et ce même s’il est vrai que ces embouts ne procurent pas les mêmes sensations si l’on pratique la marche nordique, qui demande de planter son bâton pour impulser le mouvement. »

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Chez ces sportifs, justement, on se sent parfois stigmatisés. A tel point que dans le Morbihan, les organisateurs de l’Ultra-marin avaient récemment obtenu de la mairie d’Arradon la suspension de l’arrêté d’interdiction en vigueur depuis plusieurs années pour l’événement. Ils proposaient que cette course de 29 km serve d’expérimentation scientifique pour l’identification des dégâts…

Après la levée de boucliers des riverains et associations environnementales, les participants ont finalement été sommés de remettre leurs embouts. « Il faut diversifier sa pratique, l’adapter en fonction des chemins, estime Madeleine Lebranchu. Sinon, nous n’en aurons bientôt plus aucun. »

Source: Julie Urbach, 20 Minutes