Présidentielle 2022 : L’affaire McKinsey empoisonne la campagne de Macron

À l’approche de la présidentielle, le camp Macron tente de déminer la polémique sur le recours jugé abusif aux cabinets de conseil, notamment McKinsey, épinglé mi-mars par un rapport sénatorial. Pour les adversaires du président-candidat, l’affaire est le symbole de sa connivence avec les milieux d’affaires.

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Désormais dans l’arène, Emmanuel Macron en ressent les premières secousses. Mobilisé par le dossier ukrainien, le chef de l’Etat mène en parallèle une campagne  sur le terrain, comme ce jeudi, en Charente-Martime. « Je vais me battre pour continuer de convaincre », a-t-il insisté à son arrivée à Fouras. Favori du scrutin depuis des mois, le président-candidat a tout de même tenu à remobiliser ses troupes la veille, avant un grand meeting samedi à Paris. Car l’écart avec  Marine Le Pen ne cesse de se réduire dans les sondages, au premier comme au deuxième tour. Dans le même temps, la macronie se retrouve confrontée à l’affaire McKinsey, qui ne cesse de polluer sa campagne.

« La polémique McKinsley est gonflée par les populistes de service »

Le recours accru du gouvernement aux cabinets de conseil, en particulier l’Américain McKinsey, dévoilé dans un rapport du Sénat le 17 mars, perturbe la campagne d’Emmanuel Macron. A gauche comme à droite, ses adversaires ne se sont pas privés pour l’attaquer sur les montants engagés, plus d’un milliard d’euros en 2021, et sur une supposée connivence avec les milieux d’affaires, à l’image de Marine Le Pen dans un entretien ce jeudi à 20 Minutes. « C’est un vrai scandale. La justice sera très certainement saisie pour déterminer s’il y a eu des avantages donnés à McKinsey, dont un certain nombre de salariés ont travaillé au bénéfice d’Emmanuel Macron pour sa campagne de 2017 », assure la candidate du Rassemblement national.

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« Cette polémique est un peu surprenante car les recours aux cabinets externes représentent moins de 1 % du budget de l’Etat, moins que les Anglais ou les Allemands », balaye le député LREM Roland Lescure. « Cette polémique est portée et gonflée par les populistes de service habituels et d’autres, comme Valérie Pécresse. Ils sous-entendent des choses calomnieuses et malhonnêtes pour en faire une pseudo affaire d’Etat. On en est en réalité bien loin », souffle le président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Comment se défend McKinsey ?

Face au scandale, McKinsey a dit respecter « l’ensemble des règles fiscales et sociales françaises applicables » et dit avoir payé l’impôt sur les sociétés « les années où le cabinet a réalisé des bénéfices en France ». C’est d’ailleurs ce qu’assurait le dirigeant d’une filiale française dans une audition réalisée en janvier dernier sous serment – et évoquée dans le rapport sénatorial.

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Vendredi 25 mars, le Sénat a annoncé avoir saisi la justice pour « suspicion de faux témoignage ».

Quel lien avec Emmanuel Macron ?

Les liens entre l’actuel chef de l’État et le cabinet de conseil sont pointés du doigt dans l’enquête du Monde.

Plusieurs consultants ou anciens consultants du cabinet qui avaient participé bénévolement à la campagne du candidat Macron en 2017 ont ensuite intégré des postes au sein de la Macronie, selon le quotidien.

Comment se défend le camp Macron ?

Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, est passé à l’offensive dimanche afin d’éteindre toute polémique. Il a notamment réaffirmé que le recours aux cabinets de conseil existait sous les mandats de Nicolas Sarkozy et François Hollande, et qu’il entrait dans le strict cadre de la procédure légale d’appels d’offre.

« Il n’y a aucun contrat qui est passé dans la République sans qu’il respecte la règle des marchés publics : mise en concurrence, transparence, responsabilité de celles et ceux qui signent… », a-t-il déclaré, dimanche 27 mars, sur France 3. « On a l’impression qu’il y a des combines, c’est faux. Il y a des règles de marchés publics. La France est un pays de droit », a-t-il insisté. Que des ministères, qui sont « jour et nuit au travail », s’appuient sur « des prestataires » pour les aider, « ne me choque pas ».

En réponse aux craintes d’une dépendance des pouvoirs publics envers certains cabinets de conseil, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Amélie de Montchalin, a quant à elle rappelé, lors d’une conférence de presse tenue mercredi, qu' »aucun cabinet de conseil n’a décidé d’aucune réforme et la décision revient toujours à l’État ».

« Nous ne nous sommes pas dessaisis de nos responsabilités », a-t-elle dit, précisant que la pratique est « répandue », « habituelle » et « utile » dans la « majorité des cas ».

Le cabinet McKinsey représente 5 % des dépenses de conseil en stratégie de l’État, a détaillé le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt. Et le gouvernement représente de son côté 5 % du chiffre d’affaires de McKinsey, a-t-il ajouté.

« La situation fiscale de McKinsey est protégée par le secret fiscal, nos services ont diligenté une opération de contrôle à la fin de l’année 2021 », a-t-il encore affirmé, se refusant à commenter l’issue ou les conséquences possibles de ce contrôle. « Il n’y a rien à cacher. »

McKinsey, du carburant pour Marine Le Pen ?

Après avoir balayé l’accusation d’un revers de main, la macronie a pris soin de riposter pour éteindre l’incendie. « Nous n’avons rien à cacher », ont assuré Olivier Dussopt (Budget) et Amélie de Montchalin (Transformation et Fonction Publique) lors d’une conférence de presse sur le sujet mercredi à Bercy. Les deux ministres ont ainsi rappelé que « toutes les règles de la commande publique ont été respectées », promettant dès 2022 de « réduire d’au moins 15 % le recours aux prestations de conseil externe ». Reste que l’affaire McKinsey, très virale sur les réseaux sociaux, continue d’alimenter la controverse, d’autant que le prestataire américain est également accusé d’évasion fiscale. « Les oppositions ont réussi à en faire un sparadrap pour nous », reconnaît ainsi un responsable de la majorité.

La majorité craint que l’affaire ne pousse encore un peu plus haut la candidature de Marine Le Pen, dans un contexte de flambée des prix de l’énergie. Mercredi, Emmanuel Macron a donc pour la première fois assisté à la réunion hebdomadaire de son comité de campagne pour resserrer les rangs. « Il n’a jamais cru que l’élection était déjà gagnée, assure Roland Lescure. L’histoire politique est jalonnée de candidats qui s’y voyaient déjà et qui ont été éliminés au premier tour. Il faudra se battre jusqu’à la dernière minute. »

Avec Agences

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