Procès du 13-Novembre : la perpétuité incompressible requise contre Salah Abdeslam

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a requis vendredi le maximum prévu, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, à l’encontre de Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre qui ont causé la mort de 130 personnes à Paris et Saint-Denis.

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À procès hors norme, peine exceptionnelle. Les avocats généraux ont requis la perpétuité à l’encontre de Salah Abdeslam, assortie d’une période de sûreté « incompressible ». Cette sanction, la plus lourde du code pénal, rend infime la possibilité d’obtenir un aménagement de peine et donc une libération. Elle n’a été que très rarement requise et prononcée qu’à quatre reprises dans le passé. « On ne peut que constater que, malgré ses larmes, pétri d’idéologie, il s’est montré incapable de formuler des remords », a estimé l’avocate générale Camille Hennetier.

A l’image du reste de cette audience, démarrée il y a neuf mois, les magistrats du Parquet national antiterroriste (PNAT) ont livré un réquisitoire titanesque. Replongeant la cour dans les méandres de cette enquête tentaculaire aux 470 tomes, les avocats généraux ont demandé à la cour d’assises spéciale de condamner l’ensemble des hommes qui comparaissent au procès. Pendant plus de quinze heures, les trois jeunes magistrats, Nicolas Le Bris, Camille Hennetier et Nicolas Braconnay ont tenté de dérouler les fils – parfois ténus – qui relient les 20 accusés aux attaques.

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Rejetant toute « confusion » entre les « niveaux de responsabilité de chacun », l’accusation a balayé la notion de « seconds couteaux » tendant à minimiser le rôle des uns et des autres. « Par conviction, complaisance, lâcheté ou appât du gain, ils ont nourri la bête, ils ont logé la bête, ils ont transporté la bête, ils ont protégé la clandestinité de la bête, ils ont contribué à armer la bête », a fustigé jeudi Nicolas Braconnay. S’ils ont reconnu la subsistance de « zones d’ombre » dans la préparation et l’exécution des attaques du 13 novembre, les avocats généraux ont pointé la responsabilité des accusés. « Toutes les questions qui nous taraudent ont une réponse. Et la réponse se trouve dans le box. La plupart des accusés savent mais ils se sont tus », a taclé Camille Hennetier dans son propos introductif.

« Il savait que le sang allait couler »

Sans surprise, les magistrats du PNAT ont réclamé à l’encontre de Salah Abdeslam une « lourde peine » : la perpétuité incompressible, peine maximale encourue par l’unique survivant des commandos de Paris et Saint-Denis. Fustigeant la défense « acrobatique » de l’accusé, Camille Hennetier est longuement revenue jeudi sur ses trajets effectués à la fin de l’été 2015 pour « rapatrier » les membres des futurs commandos, en s’appuyant notamment sur l’étude de sa téléphonie. « La place de Salah Abdeslam dans cette cellule terroriste est autre que celle d’un complice. Il ne s’est pas contenté d’aider, il y a participé », avait-elle appuyé la veille. Celui qui a « cherché à tout prix à se faire passer pour un terroriste tombé du ciel », expliquant à l’audience qu’il avait intégré la cellule au dernier moment, doit selon eux être jugé comme coauteur des crimes commis ce soir du 13 novembre 2015.

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« Comme les complices, il a le sang de toutes les victimes sur la conscience. Et en tant que coauteur, c’est comme s’il avait ce sang sur les mains », a martelé Nicolas Le Bris. Balayant la thèse avancée à l’audience par l’accusé d’un renoncement « par humanité » alors qu’il devait déclencher son gilet explosif dans un café du 18e arrondissement, le magistrat qui était de permanence ce soir de novembre a rappelé que le communiqué de revendication de Daesh évoquait la mort de 8 terroristes. Or, sept djihadistes ont été tués dans les attaques.

Quant à sa ceinture explosive, le magistrat a cité les déclarations faites par Salah Abdeslam à ses amis venus le récupérer à Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre, évoquant un « défaut » au moment de l’activer. Cette demande de sanction rarissime, qui rend quasi-impossible toute demande d’aménagement de peine, a été réclamée au « regard de la gravité des faits commis ».

Des membres « interchangeables »

S’il a longtemps « focalisé les colères », Salah Abdeslam est pourtant loin d’être le seul à s’exposer à la perpétuité. Au total, onze hommes dont cinq se trouvent dans le box aux côtés du Molenbeekois encourent cette peine maximale. C’est le cas du volubile Mohamed Abrini, connu du grand public sous le nom d’« homme au chapeau » après avoir été filmé à l’aéroport de Bruxelles le jour des attentats du 22 mars 2016 dans la capitale Belge. Présent à Paris la veille des attaques de Paris et Saint-Denis aux côtés des autres terroristes du Stade de France et des terrasses, Abrini est finalement rentré en Belgique quelques heures avant la commission des attaques.

« Son renoncement ne doit pas s’analyser comme un désistement volontaire, il est sans effet sur les faits commis après et ne saurait l’absoudre de sa responsabilité », a prévenu Nicolas Le Bris, jeudi soir. L’accusation a requis contre lui une peine de prison à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, regrettant au passage que l’homme « n’ait jamais exprimé le moindre regret » vis-à-vis des attentats.

Au cours de leur longue démonstration, les avocats généraux ont insisté sur le caractère « interchangeable » des membres de la cellule franco-belge. Qualifiés de « machines à tuer » et entraînés en Syrie dans les rangs de Daesh, le suédois Osama Krayem et le tunisien Sofien Ayari, restés silencieux tout au long de l’audience, doivent, eux aussi, être considérés comme « complices » des attentats de novembre selon l’accusation.

Un « même potentiel de mort »

Certes, l’enquête n’a pas permis de déterminer pourquoi, le soir du 13, ces deux trentenaires se sont rendus à l’aéroport d’Amsterdam avant de rentrer en Belgique. Mais l’existence d’un fichier informatique portant le nom de cet aéroport et retrouvé dans un ordinateur utilisé dans une planque de la cellule ne laisse pas de place au doute : « Ils sont les deux survivants des commandos néerlandais », a lancé Nicolas Le Bris. Contre ce duo « pleinement intégré aux commandos terroristes », des peines de prison à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 30 ans ont été demandées.

Comme ces deux membres de la cellule, le ressortissant pakistanais Muhammad Usman et l’accusé algérien Adel Haddadi auraient « dû faire partie des commandos (…) Ils avaient tous le même potentiel de mort, le même entraînement » a complété Camille Hennetier quelques minutes avant le prononcé des peines. Interpellés tous les deux en Grèce sur leur route pour rejoindre la Belgique, ils n’ont pas pu intégrer « les convois de la mort » au matin du 12 novembre. Contre ces deux « opérationnels contrariés » qui encourent une peine de vingt ans de prison, le parquet antiterroriste a requis la peine maximale.

Les « petites mains »

Restait encore un groupe, celui des « petites mains » sans qui la cellule terroriste n’aurait pu s’organiser et survivre dans la clandestinité pendant les semaines précédant les attentats. « Logisticien » en chef acquis à l’idéologie djihadiste, Mohamed Bakkali a été, selon le PNAT, la face « immergée » du groupe, « omniprésent » et « au contact de tous les terroristes ». Son silence à l’audience, jugé « opportuniste » par les avocats généraux, lui a permis selon eux « de se soustraire aux questions embarrassantes ». Parmi ces « intendants », c’est lui qui écope des réquisitions les plus lourdes avec une peine de réclusion criminelle à perpétuité demandée, assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Dans son sillage, Ali El Haddad Asufi, Yassine Atar, Mohamed Amri, Farid Kharkhach, Hamza Attou, Abdallah Chouaa et Ali Oulkadi ont fait l’objet de réquisitions allant de 16 à 5 ans de prison. Des peines individualisées au regard de leur degré d’adhésion au djihadisme et des actions commises avant et après les attaques au profit de la cellule franco-belge. Qualifiés « de galériens complaisants », « d’idéologues du djihad », « de petits caïds », « de grands délinquants » par Nicolas Braconnay jeudi, ils ont selon l’avocat général un « point commun » : Celui d’avoir « accepté la responsabilité d’apporter leur concours à ce projet » terroriste.

En ouvrant son réquisitoire mercredi midi, Camille Hennetier avait toutefois prévenu la cour et les parties civiles : à l’issue de ce procès « chargé de symboles, d’espérance, d’attentes » ne « jaillit pas toujours la vérité mais une vérité judiciaire ». A partir de lundi, ce sera au tour des avocats des accusés de défendre la leur.

Hélène Sergent pour 20 Minutes Avec Agences

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