Suède: Les enfants «endormis», ce syndrome mystérieux qui touche de plus en plus de réfugiés – Certains restent plongés dans cet état pendant des mois, voire des années

Plusieurs enfants immigrés sont plongés dans une apathie généralisée que les médecins peinent à expliquer. Ils évoquent un « syndrome de la résignation ».

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Voilà une étrange affaire. Le mystère des enfants endormis de Suède. Un mystère qui reste sans réponse. Depuis une vingtaine d’années, des centaines de jeunes réfugiés sont tombés dans un état d’apathie généralisé, ils semblent dormir, et personne ne sait les guérir.

Comme le rapporte le Courrier international, on les appelle, les enfants endormis. Des enfants qui ne souffrent d’aucune maladie apparente, mais restent dans un état d’apathie généralisé. Allongés, les yeux fermés, ils ne bougent plus et ne font que respirer. Un état de sommeil sans fin. Comme chez les patients comateux, ils sont perfusés par sonde nasogastrique.

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Nous sommes à Horndal, au nord de Stockholm, dans la chambre de Nola. La gamine d’une dizaine d’années est allongée sur son lit. Cinq personnes viennent d’entrer dans la pièce mais elle n’a pas bougé. Pas l’ombre d’une réaction. Elle est parfaitement immobile, les yeux clos, presque paisible . « Elle est comme ça depuis plus d’un an et demi », dit le médecin de famille. Sur un autre lit, il y a Helan, la sœur aînée. Malade elle aussi. Elle ouvre les yeux une seconde puis les referme. Pas plus. Seul le petit frère est épargné.

Chaque jour, quelqu’un fait la toilette des filles et les habille, pour qu’elles continuent de percevoir le temps qui passe. Mais Nola ressemble à une princesse endormie pour cent ans, le teint pâle, les mains jointes sur le ventre. Seul signe de vie, sa poitrine qui monte et descend doucement. Et la sonde nasogastrique qui permet de l’alimenter.

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Le phénomène des enfants endormis serait apparu dans le pays scandinave dans les années 1990 et aurait particulièrement augmenté dans les années 2000. Rien qu’entre 2003 et 2005, 424 cas ont été recensés, rapporte le journal qui assure que depuis, plusieurs centaines d’autres cas sont apparus. Cette maladie touche les petits garçons comme les petites filles, mais a cependant été observée chez un certain type de population : les réfugiés.

Endormis mais conscients

La neurologue irlandaise qui a mené l’enquête dans Courrier international explique que ces enfants, avant de tomber dans un sommeil profond, ont développé de l’anxiété, des symptômes dépressifs et ont changé de comportement. « Ils cessent de jouer avec les autres d’abord, avant d’abandonner totalement le jeu. Ils se replient progressivement sur eux-mêmes, au point, rapidement, de ne plus pouvoir aller à l’école. Ils parlent de moins en moins, jusqu’à ne plus dire un mot. Vient ensuite l’alitement. A terme, ils cessent toute interaction avec le monde », détaille l’experte.

La médecine suédoise a évidemment tenté d’expliquer le phénomène sans grand succès. Les examens médicaux poussés sur des enfants hospitalisés n’ont donné aucun résultat. Les électroencéphalogrammes ont montré que contrairement aux apparences et même s’ils ne répondaient à aucun stimulus, ils étaient conscients. Il ne s’agit pour autant pas d’un caprice ou de jouer la comédie quand on sait que les enfants restent plongés dans cet état quelques semaines, d’autres plusieurs mois, certains des années. Les médecins suédois ont fini par appeler cette maladie le « syndrome de la résignation ».

Apparition de la maladie à la troisième demande d’asile rejetée

Ce symptôme ne provient pas non plus de nulle part, puisqu’il touche uniquement les enfants issus de familles demandeuses d’asile. Des enfants qui avant le repos n’ont connu que les conflits, les persécutions et la violence, comme ceux venant de Syrie où la guerre dure depuis maintenant 10 ans.

Dans le reportage du Courrier international, la neurologue irlandaise rencontre deux sœurs syriennes endormies. Les symptômes de la première ont commencé depuis leur arrivée sur le sol suédois et pour la deuxième, à la troisième demande d’asile rejetée, quand la famille a reçu l’ordre de quitter la Suède.

L’espoir comme remède

En fait, tout le monde voit bien pourquoi les enfants tombent malades. Car ce syndrome ne frappe pas au hasard, il ne touche que les familles demandeuses d’asile. Celle des filles vient de Syrie, ce sont des yézidis, avant la Suède ils n’ont connu que la violence, les persécutions.

Et depuis leur arrivée, la guerre a éclaté dans leur pays. C’est là que Nola a commencé à se replier. Comme par peur de rentrer. Chez Helan, les symptômes sont apparus à la troisième demande rejetée, quand la famille a reçu l’ordre de quitter la Suède. La cause semble entendue, mais le mystère demeure : pourquoi pas les adultes ? Pourquoi seulement en Suède ? Pourquoi certaines ethnies plus que d’autres, les Yézidis, les Ouïghours, les anciens pays soviétiques.

Plusieurs pistes sont explorées : les hormones et les neurotransmetteurs, les traumatismes de la petite enfance. Mais le syndrome de résignation semble surtout déclenché par le désespoir. La longueur des procédures suédoises, les espérances déçues, le découragement, la terreur.

Le seul remède, c’est donc l’espoir. Un psychologue confirme : quand une autorisation de séjour est délivrée, les enfants se réveillent, pas du jour au lendemain mais ils reviennent peu à peu. Et ils vivent ensuite une vie tout à fait normale. L’une de ces rescapés fait aujourd’hui des études de droit. Sur sa période de léthargie, elle explique qu’elle se sentait « comme dans un rêve dont elle ne voulait pas se réveiller« . Un rêve en préfabriqué pour échapper à un cauchemar bien réel.

Le mystère des enfants endormis, à lire sur le site de Courrier International. 

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