Une femme condamnée à de la prison ferme pour avoir laissé son conjoint mourir sous ses yeux

Le procureur et la partie civile estiment qu’il y a eu manipulation, la défense assure la bonne foi. Mardi 15 mars, une femme a été condamnée à trois ans de prison avec sursis pour avoir abusé d’une autre, jusqu’à la conduire à une tentative de suicide.

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Difficile de contester des violences quand elles ont été filmées, en direct, par une caméra de vidéosurveillance de la ville de Meaux. « Elle ne m’a pas laissé lire son journal intime », a expliqué Abdel, 24 ans, depuis le box du tribunal correctionnel de Meaux, ce lundi, à la présidente qui l’interrogeait sur son attitude à l’encontre de sa compagne enceinte. Réponse de la magistrate : « Elle en a le droit ».

Par caméra interposée, un policier municipal a vu la victime recevoir des coups de poing au visage. Pour justifier son comportement, le prévenu a martelé – via un interprète en langue arabe – que la jeune femme avait « insulté sa mère ». La présidente Cornelia Vecchio voulait comprendre : « Donc, une parole vaut des violences ? » Le prévenu répondait de travers à chaque fois : « En Algérie, si quelqu’un insulte quelqu’un, tout le monde le frappe ». La présidente n’a pas caché son inquiétude : si de telles violences sont commises en pleine rue, que se passe-t-il dans l’intimité du couple ?

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La victime, âgée de 18 ans, bien qu’elle soit terrorisée, a eu le courage de témoigner à l’audience. En février, elle avait déjà été hospitalisée suite à des violences conjugales qui lui ont valu un nez cassé. Aidée par une interprète, elle a raconté son calvaire : après avoir été violée en Algérie par le prévenu, elle a dû se « marier » religieusement avec lui. « Je n’ai pas eu d’autre choix que de le suivre en France. J’ai été victime de violences pendant le voyage, en Espagne », a-t-elle raconté d’une voix presque inaudible. Le prévenu a été condamné à 18 mois de prison ferme, avec mandat de dépôt. Une peine assortie d’une interdiction du territoire français pendant dix ans.

La victime dénonce des violences commises par le passé

C’est en 2021, par bateau puis en train, que le couple – en situation irrégulière – est arrivé en France. Un pays où la jeune femme, qui ne connaît personne, assure avoir été « enfermée », subissant des coups pour un oui ou un non. Aujourd’hui, elle est prise en charge par SOS Femmes. Vendredi dernier, elle a rencontré une éducatrice de cette association meldoise, qui vient en aide aux victimes de violences conjugales. Et c’est après cet entretien qu’elle a « pris rendez-vous » avec le prévenu, qui souhaitait la rencontrer.

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« Il m’a présenté des excuses pour le mois de février. Il m’a arraché mon journal intime. Je l’ai suivi en courant. Il a commencé à déchirer le cahier et il m’a donné des coups. Depuis que je le connais, il me fait souffrir, il m’a gâché la vie. Je me sens protégée en France, plus qu’en Algérie », a raconté la victime, qui ne veut plus de contact avec son agresseur. Pas de quoi émouvoir le prévenu, qui s’est lancé dans un discours sans aucun rapport avec l’audience. Les violences de février, qui font l’objet d’une autre procédure au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ? Très simple pour lui, un classique même : « Elle est tombée toute seule ».

La substitute du procureur Marlène Leroy a requis deux ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, ainsi qu’une interdiction du territoire français pendant cinq ans : « J’ai la désagréable impression d’assister à un dialogue de sourds. Le seul point de lumière, c’est cette victime qui, malgré son parcours cabossé et sa vulnérabilité, se tient encore debout. Non content de lui avoir volé son consentement, de l’avoir frappée, isolée, il voulait lui prendre son cahier, seule intimité qui lui restait. La grossesse de la victime aurait dû être une barrière ». L’avocate de la défense Me Saïda Dakhli a rappelé que son client n’était poursuivi « que pour les violences du mois de mars ». Avant de marteler que leur relation n’a pas démarré par un viol : « Ils étaient amoureux, ils ont eu un rapport sexuel, cela ne se fait pas avant le mariage dans ce pays. Ils sont donc partis ».

Avec Le Parisien