Valérie Bacot, une femme battue jugée pour l’assassinat de son mari violent

Battue, violée et forcée à se prostituer par son mari, Valérie Bacot finit par le tuer en mars 2016 après 24 ans de calvaire. Son procès débute ce lundi 21 juin. Elle est accusée de l’assassinat de son mari, qui la violait depuis l’âge de 12 ans.

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Valérie Bacot, souvent considérée comme la nouvelle Jacqueline Sauvage, comparaît ce lundi 21 juin aux Assises de Saône-et-Loire pour avoir tué son ex-beau-père, qui l’a violée dès l’âge de 12 ans avant de devenir à la fois son mari et son proxénète.

Elle avait 12 ans quand l’amant de sa mère, Daniel Polette, de 25 ans son aîné, la viole pour la première fois. Condamné en 1995, il réintègre le domicile maternel dès sa sortie de prison et viole à nouveau Valérie. Elle tombe enceinte à 17 ans, se fait chasser par sa mère alcoolique et ne voit son salut que dans une installation avec “Dany”.

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Le 13 mars 2016, Valérie Bacot, 35 ans, a tué Daniel Polette, 61 ans. Avec l’aide de deux de ses enfants, elle enterre le corps dans un bois, mais est dénoncée puis arrêtée en octobre 2017. Elle avoue immédiatement, expliquant son geste par vingt-cinq ans de calvaire. À 12 ans, elle est violée par Daniel Polette, qui est alors l’amant de sa mère. Condamné et incarcéré en 1995, l’homme est pourtant autorisé, dès sa sortie de prison en 1997, à réintégrer le domicile familial. Et « tout recommence comme avant », raconte Valérie Bacot dans son livre Tout le monde savait (Fayard), publié le mois dernier.

Cinq ans après les faits, Valérie Bacot, 40 ans, est jugée à partir de lundi devant la cour d’assises de la Saône-et-Loire pour assassinat. Ses deux fils et Lucas ont été jugés en décembre 2019 devant un tribunal pour enfants de Mâcon. Ils ont été condamnés à une peine de six mois de prison avec sursis pour recel de cadavre. « Elle est soulagée de pouvoir enfin s’exprimer et pressée de connaître le verdict. Mais elle est aussi un peu angoissée car elle sait qu’elle va aller en prison. Et elle a peur de laisser ses enfants », explique à 20 Minutes son avocate, Me Janine Bonaggiunta. Pour sa cliente, c’est un dernier combat à mener « contre son mari violeur ». Un combat qu’elle mène « pour que ses enfants puissent connaître la vérité ».

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« Dany », mari violent et proxénète

Mais l’homme, qui boit “sa bouteille de pastis” et des dizaines de bières chaque week-end, se montre encore plus violent: à Noël, il assomme Valérie Bacot d’un coup de marteau parce que la guirlande qu’elle a achetée ne fonctionne pas. Un autre jour, il l’étrangle jusqu’à l’évanouissement alors qu’elle est enceinte, raconte l’accusée.

Puis, en 2004, il l’emmène dans la forêt et la fait s’allonger à l’arrière de la 806 familiale où elle se vendra pour 20 euros. Elle doit porter une oreillette pour entendre les “instructions” de Dany. Elle s’appellera “Adeline”, une escort-girl connue des restaurants routiers près de Montceau-les-Mines.

Valérie Bacot “encaisse”, comme elle dit, dans la terreur d’être tuée si elle tente de fuir. Dany l’a menacée “une dizaine de fois” avec un pistolet, selon l’enquête. Mais, à 14 ans, sa fille Karline confesse: “il m’a demandée comment j’allais sexuellement”. “Il faut que ça s’arrête”, se dit alors sa mère.

Le 13 mars 2016, après que Dany eut exigé de sa femme une nouvelle humiliation sexuelle par un client, elle saisit le pistolet que son mari bourreau cache dans la 806 et le tue d’une balle dans la nuque. Valérie Bacot cache le corps, avec l’aide de deux de ses quatre enfants. Mais, arrêtée en octobre 2017, elle avoue immédiatement. Elle sera libérée sous contrôle judiciaire un an plus tard.

“Tuer pour survivre”

“Ce sont les violences extrêmes subies pendant près de 25 ans et sa peur de les voir se perpétuer à l’encontre de sa propre fille qui l’ont conduite, de manière inexorable, au passage à l’acte”, estiment les avocates de Mme Bacot, Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini.

Ces dernières avaient déjà défendu Jacqueline Sauvage, symbole des violences conjugales, condamnée pour avoir tué son mari puis graciée en 2016. Elle est décédée l’an dernier.

“Je souhaiterais attirer l’attention sur le fait que ces femmes victimes de violences ne sont pas protégées. La justice reste trop lente, pas assez réactive et manque de sévérité envers les auteurs, ce qui leur permet de continuer à perpétrer des violences en toute puissance. C’est cela même qui peut conduire une femme désespérée à tuer pour survivre”, déclare à l’AFP Me Bonaggiunta.

“Le fruit de tant de dysfonctionnements”

“Mon histoire est le fruit de tant de dysfonctionnements”, assure Valérie Bacot, accusant en particulier le retour de son violeur au domicile familial, dès sa sortie de prison, et les deux signalements à la gendarmerie que ses enfants disent avoir faits pour dénoncer les violences. Aucune trace n’en a été retrouvée.

L’expertise psychiatrique menée a conclu à une “soumission à une forme d’emprise” confirmant le “syndrome de la femme battue”. Valérie Bacot “avait acquis la certitude que “seul ce geste pourrait lui permettre de protéger ses enfants”, selon l’expertise.

Plus de 500.000 personnes ont signé une pétition réclamant “la liberté” pour Valérie Bacot, qui encourt la perpétuité. “Je voulais seulement me protéger, ma vie et celle de mes enfants”, écrit Mme Bacot dans son livre, demandant que “la situation évolue” pour “aider à rompre l’emprise avant que nous soyons réduites à de telles extrémités”.

Interrogée, la défense de Daniel Polette n’a pas souhaité s’exprimer. Le procès à Chalon-sur-Saône doit s’achever vendredi.

Avec AFP

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