Yanis, 5 ans, tué pour avoir fait pipi au lit ? Son beau-père et sa mère devant les assises

Quel enchaînement a conduit à la mort de Yanis, 5 ans, puni par une nuit de février pour un pipi au lit ? C’est ce que tentent de déterminer les assises du Pas-de-Calais depuis ce lundi, en jugeant son beau-père, qui nie avoir voulu le tuer, et sa mère.

publicités

Yanis, 5 ans, est-il mort roué de coups après qu’il avait fait pipi au lit dans la nuit du 5 au 6 février 2017 ? C’est ce que la cour d’assises du Pas-de-Calais doit tenter de déterminer alors que s’ouvre ce lundi 16 novembre le procès du beau-père de l’enfant et de sa mère.

Durant cette froide nuit de février, les pompiers avaient été appelés par le beau-père de Yanis. Il expliqua alors que l’enfant était tombé inanimé après avoir couru pendant plus d’une demi-heure le long d’un canal, par une température de 5 degrés. Une punition coutumière dans cette famille, alors que Yanis avait fait pipi au lit.

publicités

La mère, Emilie Inglard, 23 ans au moment des faits, a elle concédé son aveuglement face aux agissements de son compagnon « Avec le recul, j’ai été aveugle », a-t-elle déclaré. Placée sous contrôle judiciaire, elle doit répondre d’abstention volontaire d’empêcher un crime.

« Plaie sanguinolente au cuir chevelu »

Cheveux bruns coupés ras, Julien M., 34 ans, s’agace dans le box. Jugé pour « homicide volontaire » sur le fils de sa compagne dans la nuit du 5 au 6 février 2017, il est aussi poursuivi pour des violences régulières sur l’enfant depuis août 2015. La mère, Emilie I., est, elle, jugée pour n’avoir pas empêché le crime.

publicités

Cette nuit-là, lorsque les gendarmes arrivent à Aire-sur-la-Lys, prévenus par le beau-père, Yanis gît allongé sur une veste, trempé et presque nu dans la nuit glacée. Son corps porte des « griffures, marques de coups » et une « plaie sanguinolente au cuir chevelu ».

« Une tape » avec une lampe torche

Dès le départ, le couple explique que Yanis s’est réveillé « après avoir fait pipi au lit » et qu’ils ont décidé de le punir, « comme ils en ont l’habitude, en le faisant courir sur le chemin de halage, pour lui « remettre les idées en place » », rapporte l’enquêteur.

D’après l’enquête, l’enfant a couru ou marché « pendant au moins deux heures », a été immergé dans le canal, et présentait des ecchymoses et lésions « récentes et anciennes ». Julien M. a donné plusieurs versions au cours de l’instruction, évoquant un « malaise » du petit garçon et des chutes successives.

Il a admis quelques « coups légers » sur le crâne et « une tape » avec une lampe torche, retrouvée cassée.

Traumatisme crânien, marques d’étranglement, signes d’immersion dans le canal

Une version incompatible avec les constatations des experts. Si Yanis est bien décédé d’un traumatisme crânien, des marques d’étranglement et de bâillonnement et des signes d’immersion dans le canal, semblent indiquer qu’il a vécu un véritable calvaire, achevé par un coup mortel violent.

Les experts s’accordent aussi pour dire que certaines marques de coups dataient d’avant la nuit du drame.

« Un casse-cou »

Le chemin était recouvert de « grosses pierres » et difficilement praticable, fait remarquer l’un des avocats de la défense, Gabriel Duménil. L’enfant a « chuté à plusieurs reprises », expliquant une partie des blessures, ajoute-t-il, soulevant aussi certaines négligences des gendarmes au moment du relevé des scellés.

Yanis « était un casse-cou, qui tombait souvent », affirme pour sa part Emilie I., interrogée sur des photos de l’enfant montrant des traces de blessures. Selon plusieurs expertises, les lésions relevées, pour certaines anciennes, sont pourtant « incompatibles » avec des chutes accidentelles.

Un cabanon totalement insalubre

Le regard fixe et lointain, l’accusée ne laisse percer aucune émotion tandis que défilent des clichés de Yanis, certains où il apparaît jovial. L’une des tantes fond, elle, en larmes.

Le cabanon où la famille passait des week-ends, dont celui du drame, était « totalement insalubre », décrit pour sa part un technicien en identification criminelle. « C’était totalement inadapté à un enfant, (…) honteux », juge-t-il, commentant des photographies du « coin cuisine » jonché « d’aliments moisis », du salon au désordre indescriptible, et de l’unique matelas visiblement sale, posé au sol près d’un « seau et d’une chaise qui faisaient office de WC ».

A l’ouverture du procès, lundi, Julien M. s’est défendu d’être un « marginal », se présentant comme inséré « dans le système ». « Dirigiste », « égoïste », « colérique », il a aussi été décrit comme sans repères affectifs, en rupture depuis ses 16 ans avec une mère qui l’a portraituré en « monstre ».

avec AFP

Franbuzz sur Facebook

Répondre